EDUCATION

Scolarisation des enfants à besoins éducatifs spécifiques

HD-397---handicap-AFPDu principe d’une école inclusive à la mise en place d’un accompagnement spécifique, de nombreux efforts sont fournis pour offrir une scolarité ordinaire aux enfants en situation de handicap. Pour autant, la situation est loin d’être idéale et les familles se heurtent encore à l’incompréhension des professionnels de l’institution scolaire.

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« Des progrès fulgurants ». C’est ainsi que le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) juge la scolarisation des enfants en situation de handicap. Chiffres à l’appui, le bilan est en effet plutôt satisfaisant : entre 2004 et 2014, le nombre d’enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire, et donc dans leur établissement de secteur, a quasiment doublé, passant de 132 000 élèves à plus de 252 000. « La scolarisation des élèves en situation de handicap n’est pas encore complètement réalisée, mais elle évolue. On ne parle plus d’intégration, mais d’inclusion, souligne Philippe Marlier, conseiller technique du recteur pour l’adaptation scolaire et la scolarisation des élèves en situation de handicap, à l’académie de Besançon. Ces élèves ont toute leur place dans une école, un collège ou un lycée car cette inclusion est de mieux en mieux préparée. »

En adoptant le modèle de l’école inclusive, la France veut devenir l’un des meilleurs exemples européens en matière de scolarisation des enfants handicapés. « Les élèves relèvent de leur établissement de secteur, qui ont tous vocation à accueillir les enfants en situation de handicap. Il n’y a donc pas a priori de sélection, ce qui serait, de plus, contraire à la loi », poursuit Philippe Marlier. Mais parfois, des lacunes persistent et embaucher un personnel accompagnant ou rendre un établissement complètement accessible n’est pas toujours évident. La preuve ? D’après une enquête de l’Observatoire national de la Sécurité et de l’Accessibilité des établissements d’enseignement, 25 % des écoles construites depuis 2008 ne respecteraient pas les règles d’accessibilité en vigueur !

De même, même si l’école inclusive est bien en train de devenir une réalité en maternelle et en élémentaire, les élèves en situation de handicap sont encore très souvent séparés des autres élèves au collège et plus encore au lycée. Toujours selon les chiffres du Cnesco, en 2014-2015, la quasi-totalité des élèves en situation de handicap âgés de 3 à 5 ans étaient scolarisés en milieu ordinaire. A 12 ans, ils sont 80 %, à 15 ans, un peu plus de 60 %. A l’âge de 18 ans, ils ne sont plus que 44 % à suivre une classe ordinaire. En cause ? Des parcours scolaires plus accidentés, les propositions de réorientation étant plus fréquentes dans le second degré.

 

Une scolarisation possible dès le plus jeune âge

Mais de manière générale, les efforts sont louables et ce, notamment grâce à la loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Véritable accélérateur de la scolarisation des enfants handicapés, elle renforce toutes les actions en sa faveur. Ainsi, dès l’âge de 3 ans, à la demande des familles, les enfants en situation de handicap peuvent être scolarisés à l’école maternelle. C’est ce qui s’est passé pour Maël, dont l’autisme a été diagnostiqué à l’âge de 2 ans. Soutenus par leur pédopsychiatre, les parents du petit garçon optent pour une scolarisation ordinaire. « Maël présente un autisme de haut niveau, ses fonctions intellectuelles ne sont pas altérées, au contraire. Il est donc normal qu’il suive le même programme que les autres élèves. Pour faciliter son intégration, nous bénéficions de la présence d’une auxiliaire de vie scolaire à mi-temps, qui l’aide notamment pour l’apprentissage du graphisme », partage Isabelle, la mère de Maël. Une aide précieuse, donc, qui entre dans le cadre d’un protocole spécifique.

Les familles qui souhaitent faire bénéficier leur enfant d’un accompagnement doivent saisir la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de leur lieu de résidence. La MDPH déterminera alors un parcours de formation adapté aux besoins de l’enfant, dans le cadre d’un Plan Personnalisé de Compensation (PPC). Et ce PPC intègre un volet propre à la scolarité de l’enfant, le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS). Validé par la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées), il précise les actions pédagogiques, psychologiques, éducatives, sociales, médicales et paramédicales nécessaires au bien-être de l’enfant. Le tout est réuni dans un document, le « GEVA-Sco », régulièrement réajusté en fonction d’une éventuelle évolution de la pathologie de l’enfant, de ses progrès ou de son niveau de classe.

Si les rouages administratifs sont lourds et les acronymes nombreux, la finalité peut être très bénéfique à l’enfant. Par exemple, certains élèves obtiennent l’utilisation d’une tablette ou d’un ordinateur pour les aider dans la prise de notes, d’autres l’usage d’un clavier en braille, d’autres des logiciels particuliers pour répondre aux exercices demandés par l’enseignant… Il est même possible d’obtenir un aménagement des horaires, voire la présence d’un accompagnant présent en classe pour l’enfant handicapé.

 

HD-397---handicap-2-AFPUn accompagnement individuel ou mutualisé

Le statut AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) est apparu en 2014, suite à une revalorisation du métier d’AVS (auxiliaire de vie scolaire). Dans les faits, AVS ou AESH, son objectif est de seconder l’élève handicapé au quotidien. Il travaille en collaboration avec l’enseignant, dans le but d’encourager l’enfant dans ses progrès en autonomie. L’accompagnement peut prendre une forme individualisée : l’AESH-i intervient alors auprès d’un seul élève pour l’aider dans ses déplacements ou dans la manipulation de matériel, faciliter la communication avec les autres élèves, participer aux sorties de la classe, etc. Mais l’AESH peut aussi intervenir de manière mutualisée auprès de plusieurs enfants handicapés, lorsque ceux-ci ne nécessitent pas une attention soutenue et continue. Dans les deux cas, c’est la CDAPH qui se prononce sur l’opportunité pour un élève d’un tel accompagnement et sur le nombre d’heures allouées.

Pour faire le lien entre les familles et l’ensemble des professionnels présents autour de l’enfant, un enseignant référent est désigné : il s’agit de l’ERSEH (Enseignant référent à la scolarisation des enfants handicapés). Son rôle est d’informer et d’accompagner les familles dans les procédures, mais aussi de partager ses connaissances du handicap auprès de ses collègues. Enseignant spécialisé, il apporte souvent des réponses aux questions que peuvent se poser les autres enseignants et n’hésite pas à les orienter vers des centres de documentation et de formation.

Car malgré une généralisation de l’école inclusive, beaucoup de familles déplorent encore une trop discrète formation des équipes enseignantes, qui leur permettrait pourtant de mieux appréhender le handicap. C’est le cas notamment de Valérie, maman d’Héléna, 9 ans et scolarisée en milieu ordinaire en CE2. Elle a expérimenté deux approches différentes. « Dans une école précédente, la fermeture d’esprit de l’équipe pédagogique a remis en cause toute possibilité de projet éducatif. J’ai donc demandé un changement d’établissement et grâce à une équipe compétente et compréhensive, nous avons pu travailler conjointement sur un PPS basé sur les besoins spécifiques d’apprentissage de ma fille. Héléna est aujourd’hui beaucoup plus détendue et sa relation aux autres s’est améliorée », apprécie Valérie. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’adopter une « compensation », mais bien d’adapter l’école aux différents profils des enfants porteurs de handicap.

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TEMOIGNAGE

Julie Kameni, maman d’Elora, 10 ans

Elora a 10 ans, elle est en CM1. Il y a deux ans, elle a été diagnostiquée comme atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette, une maladie qui se caractérise par des accès de comportements physiques et verbaux. Pourtant, Elora se contient chaque jour d’école pour ne pas perturber la classe ni les autres élèves. En revanche, elle « explose » littéralement dès sa sortie de l’école. Pour sa mère, Julie Kameni, cette attitude n’aide pas sa fille : « cela est très dur pour elle car non seulement elle doit fournir un gros effort pour son travail en classe, mais en plus, elle se concentre pour ne pas faire de crises. Au final, elle rentre exténuée à la maison et ne parvient pas à faire ses devoirs. Apprendre quelques lignes d’un poème demande alors des heures de travail », explique la mère de famille. Même si l’enseignante adapte la quantité de travail à Elora (elle ne lui en fournit que les deux tiers en comparaison aux autres élèves), cet aménagement est insuffisant aux yeux des parents.

« Mes demandes d’accompagnement se sont heurtées à un mur, même si nous sommes soutenus par un inspecteur académique qui m’a conseillé de favoriser le travail sur ordinateur. La maîtrise de l’écriture reste un exercice difficile pour Elora », déplore Julie. La cause de cette indifférence selon elle ? Une méconnaissance de la maladie de la part de l’équipe enseignante et du corps médical de l’école. Pour Julie, la clé d’un meilleur soutien réside dans la formation des enseignants, mais aussi du médecin et de l’infirmière scolaire. En comprenant mieux les maux d’Elora, ils pourront alors mieux l’accompagner dans sa scolarité.

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ZOOM

Quelle prise en charge des « Dys » ?

Dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, dysphasie… Les « dys » ont été reconnus en tant que handicaps en 2005. Les enfants qui en sont atteints présentent souvent de sévères troubles des apprentissages : ils ont des lacunes pédagogiques, mais pas cognitives. Aussi, leur handicap ne conduit pas à l’élaboration d’un PPS. Le plus souvent, c’est le PAP qui est privilégié. Ce Plan d’Accompagnement Personnalisé définit les adaptations pédagogiques nécessaires aux élèves. Il s’agit de mesures simples d’aménagement de la scolarité comme du temps supplémentaire pour les évaluations, la distribution de cours photocopiés, le recours à des moyens mnémotechniques, etc. Attention, le PAP ne donne pas droit à l’attribution d’une aide humaine (AESH), ni au financement de matériel pédagogique adapté, ni à l’aménagement des programmes.

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ZOOM

Pour en savoir plus

Si le nombre d’enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire est passé de 132 000 élèves à plus de 252 000, sur le terrain des difficultés subsistent. Une circulaire datant du 3 mai 2017 (n° 2017-084) relative aux missions des personnels chargés des élèves en situation de handicap insiste sur l’obligation des établissements scolaires à prendre en charge tous les enfants à besoins spécifiques.

 

Où s’informer ?

  • Guide pour la scolarisation des enfants en situation de handicap :

education.gouv.fr/cid207/la-scolarisation-des-eleves-handicapes.html

  • Portail dédié aux Maisons Départementales des Personnes Handicapées : mdph.fr
  • Droits des parents d’enfant handicapé :

service-public.fr/particuliers/vosdroits/N57

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