Réenchanter la lecture
Les enfants et les adolescents lisent de moins en moins, c’est un fait établi – une désaffection qui concerne d’ailleurs plus les garçons que les filles. Une tendance qui s’est fortement amplifiée depuis que les outils numériques, smartphone en tête, se sont imposés dans leur vie quotidienne. Or, comme l’a rappelé le ministre de l’Education nationale, toutes les études démontrent l’importance de la lecture pour réussir à l’école. En outre, la lecture reste un outil irremplaçable de compréhension du monde, d’ouverture aux autres et de construction personnelle.
Remettre la lecture au cœur du quotidien de chaque enfant est donc un défi qui doit mobiliser l’ensemble de la communauté éducative au sens large, école et famille en tête. Dans cet objectif, des États généraux de la lecture pour la jeunesse se sont déroulés cet été – une initiative destinée à écouter, en particulier, les enfants et les adolescents pour comprendre ce qui fait obstacle au développement de leurs pratiques de lecture. Dans cette reconquête du temps de lecture, les parents ont un rôle essentiel à jouer, dans la transmission… et l’exemplarité !
Ecrans versus livres, un match à armes inégales, un combat perdu d’avance ? Même s’ils ne sont pas l’unique cause de la baisse de la lecture chez les jeunes, les écrans sont clairement pointés du doigt : « La lecture doit aujourd’hui reconquérir sa place face à la puissance d’attraction du numérique et des écrans », s’est récemment engagé le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray. Un vrai défi, mais aussi et surtout un véritable enjeu.
« Un problème de santé publique »
En effet, avoir les yeux rivés sur un écran plutôt que des les plonger dans un livre n’est pas sans conséquences. « Lorsqu’on passe du temps sur des écrans et en particulier sur les réseaux sociaux, on active une part minime de notre cerveau qui va de la reconnaissance visuelle à des émotions de base. La peur, la joie, le dégoût, la colère. Et ça s’arrête là, explique la neuropsychologue Sylvie Chokron. Le plus souvent, il n’y a pas de mémorisation de ce que l’on a fait sur l’écran, il n’y a pas de jugement critique, il n’y a pas de place pour le choix. À l’inverse, la lecture permet de développer son attention, sa mémoire, son raisonnement, ses connaissances et finalement active l’ensemble de notre cerveau. Lire, c’est un problème de santé publique », alerte Sylvie Chokron.
Cette dernière a fait partie du comité de pilotage des États généraux de la lecture pour la jeunesse, qui ont été lancés conjointement début juillet par les ministères de l’Education nationale et de la Culture. Une grande consultation sur la lecture des jeunes, qui a mobilisé plus de 36 000 participants partout en France, en hexagone comme dans les Outre-mer, parmi lesquels 6 000 jeunes, ainsi que l’ensemble des acteurs du livre, de l’éducation et de l’enfance.
Plusieurs enseignements sont à retenir de cette consultation de grande ampleur. Il en résulte notamment le besoin de :
- sensibiliser largement les familles sur l’importance d’avoir des rituels lecture,
- favoriser la lecture à voix haute et l’oralité,
- moderniser l’image du livre pour le rendre désirable,
- faciliter les initiatives favorisant la lecture dont les jeunes sont moteurs.
En début d’année prochaine, un rapport formulera des préconisations concrètes pour renouveler l’action publique en faveur de la lecture des jeunes.
Le rôle déterminant des parents
Pour les jeunes (synthèse à découvrir ICI) et les parents (synthèse à découvrir ICI) qui ont participé à cette consultation sur la lecture, l’usage massif des écrans est désigné comme l’obstacle majeur à la disponibilité pour lire. Néanmoins, il reste que le seul fait de réduire le temps passé sur les écrans ne garantira pas que la lecture retrouvera une place centrale dans les pratiques des jeunes ; il faut savoir saisir toutes les occasions pour stimuler le désir de lire chez l’enfant !
Tout d’abord, il faut garder en tête que ce sont généralement dans les premières années que se construit le rapport au livre. L’idéal est d’instaurer, dès le plus jeune âge, des moments dédiés à la lecture, comme une histoire avant le coucher ou un temps calme dans la journée. L’environnement joue également, il faut que les enfants – et les ados ! – puissent disposer de livres facilement accessibles (bibliothèque, coin lecture, panier à livres…).
Autre conseil : faire lire des histoires aux petits par les plus grands, qui pourront ainsi se sentir valorisés et encouragés à lire pour eux-mêmes, notamment à leur entrée dans l’adolescence, un âge où l’on constate chez beaucoup, notamment les garçons, un manque d’intérêt pour la lecture.
Dans tous les cas, à n’importe quel âge de l’enfant, un fait est certain : la contrainte est contre-productive. Parvenir à associer la lecture au plaisir est la clé !
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Plus l’âge avance, moins les élèves affirment lire par plaisir
En novembre 2025, la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de l’Education nationale, la DEPP, a publié les résultats d’une étude sur les pratiques de lecture des collégiens et des lycéens. Parmi les principaux enseignements à retenir de cette enquête de grande ampleur (quelque deux millions d’élèves ont participé) :
- Plus l’âge avance, moins les élèves affirment lire par plaisir. Parmi les élèves de 15 ans ou plus, 38 % déclarent ne pas lire par plaisir quotidiennement, soit un peu plus que les élèves de 13-14 ans (31 %). Pour les élèves de moins de 12 ans, cette proportion est divisée par deux (16 %).
- À chaque niveau scolaire, les filles déclarent davantage lire pour le plaisir que les garçons. En 6e, 61 % des filles répondent lire pour le plaisir au moins trente minutes par jour ; 37 % de trente minutes à une heure, 15 % de une à deux heures et 9 % plus de deux heures !
- Les bandes dessinées et les mangas sont les deux types de lecture qui arrivent en tête dans tous les niveaux de la scolarité.
- Les filles apprécient plus le roman que les garçons, à tous les niveaux scolaires : l’écart en faveur des filles est de 21 points en 6e (66 % contre 45 %), de 33 points en 4e, et jusqu’à 37 points en seconde générale et technologique.
- Les motivations de lecture sont aussi différenciées selon le sexe. Les filles disent beaucoup plus aimer lire pour s’évader que les garçons. En seconde générale et technologique, 62 % des filles déclarent lire souvent ou tout le temps, en dehors du lycée, pour s’évader, contre seulement 32 % des garçons.
- Les élèves issus des milieux les plus favorisés déclarent davantage lire pour le plaisir quotidiennement que ceux issus des milieux les moins favorisés, en particulier au niveau du collège. Autre enseignement : les élèves les plus favorisés socialement lisent davantage et préfèrent les romans alors que les élèves moins favorisés socialement préfèrent lire des mangas.
Plus on lit, plus on réussit
Sans surprise, l’étude de la DEPP sur la pratique de la lecture des élèves du second degré confirme que « Les élèves les plus performants aux évaluations nationales de français de début de 6e, de 4e et de seconde consacrent quotidiennement plus de temps à la lecture plaisir que les moins performants ». Plus précisément, dans le domaine de la compréhension de l’écrit, comme en fluence, l’étude révèle que c’est autour du seuil de lecture plaisir quotidienne de trente minutes que l’écart de performance est le plus accentué.
Édouard Geffray, ministre de l’Education nationale, a rappelé l’importance de la lecture pour réussir à l’école : « plus vous avez de livres à la maison, plus les résultats scolaires s’améliorent » et « plus un jeune a un champ lexical diversifié, mieux il réussit ».
« Nuits de la lecture » : des milliers d’évènements pour fêter le livre en famille
Des rencontres et des animations autour du livre et de la lecture en bibliothèques, en librairies, mais aussi dans des écoles, des théâtres, des musées, des lieux culturels et artistiques… Tel est le principe des « Nuits de la lecture », dont la 10e édition se tiendra du 21 au 25 janvier 2026, autour du thème « Villes et campagnes.
Lors de l’édition précédente, ce sont près de 8 500 événements dans 4 000 lieux qui ont été organisés autour du plaisir de lire et du partage de la lecture.
Des milliers d’évènements, dont la plupart sont à partager en famille, seront donc proposés cette année encore sur tout le territoire – voir ICI la carte interactive de la programmation. Un exemple parmi tant d’autres : la bibliothèque de la Montagne, à Saint-Denis (La Réunion), organisera une lecture de poèmes et d’extraits de romans choisis, de lectures d’albums et des ateliers d’écriture pour les plus jeunes ; les créations seront rassemblées sous forme de journal : un « journal de campagne » et un « journal de ville », qui seront ensuite lus « à la criée » par les participants auprès du public.
Lire et faire lire : « Un bonheur partagé »
Outre les parents, d’autres « passeurs » font aussi un travail pour donner aux enfants l’envie d’ouvrir un livre. L’association nationale « Lire et Faire lire », fondée en 1999 par l’écrivain Alexandre Jardin, a pour but de donner le goût de la lecture aux plus jeunes, en rapprochant les générations. Des personnes « âgées », bénévoles de plus de 50 ans, proposent ainsi aux enfants des lectures dans les écoles, les bibliothèques, les centres de loisirs… La transmission est au cœur de l’engagement des bénévoles de l’association « Lire et faire lire » ; ils permettent aux enfants de découvrir les joies inépuisables de la lecture, de les ouvrir au monde et de stimuler leur imagination.
« 50 livres pour le plaisir »
Fin novembre, le ministère de la Culture a lancé l’opération « 50 Livres pour le plaisir ». Un dispositif inédit destiné à encourager la lecture dans les centres de loisirs, à travers l’installation, dans chaque centre, d’une bibliothèque idéale de 50 ouvrages de littérature jeunesse destinés aux 6/11 ans. « Les temps périscolaires, fréquentés régulièrement par plus de deux millions d’enfants, sont un moment privilégié pour encourager la lecture pour le plaisir », a expliqué la ministre Rachida Dati. Les structures d’accueil situées en zone rurale ont été privilégiées, « l’accès au livre étant plus difficile pour les familles sur ces territoires ».
Au programme cet été… « Les Métamorphoses » d’Ovide
Début décembre, au Salon du livre de jeunesse de Montreuil, le ministre de l’Education nationale a annoncé que « Les Métamorphoses » d’Ovide seront offertes aux élèves de CM2, à la fin de l’année scolaire, dans le cadre du programme « Cet été, je lis ». Les futurs collégiens pourront découvrir une épopée poétique, qui conte, à partir des légendes traditionnelles grecques et romaines, les métamorphoses – les transformations – des dieux, des déesses, de héros ou de simples mortels ; des récits qui reflètent, à leur manière, les problèmes humains contemporains.