L’école à l’ère de l’IA
L’école à l’ère de l’IA : les défis et les enjeux sont immenses ! Les jeunes utilisent aujourd’hui massivement l’intelligence artificielle dans leurs pratiques quotidiennes, et en particulier dans le cadre de leurs apprentissages scolaires. Selon un rapport du Sénat, 9 lycéens de seconde sur 10 ont déjà utilisé l’IA générative pour s’aider à faire leurs devoirs !
Ce recours quasi généralisé des élèves à l’intelligence artificielle impacte nécessairement le fonctionnement de l’école. Pour répondre aux nombreux questionnements que soulève la place prise aujourd’hui par l’intelligence artificielle, l’institution scolaire a défini un « cadre d’usage de l’IA en éducation ». Objectif : tirer le meilleur parti des IA pour les apprentissages, en posant des règles (ce qui est autorisé, ce qui ne l’est pas), et accompagner les élèves vers un usage responsable de l’IA qui développe leur esprit critique.
Dans ce sens, les premières formations des élèves à l’IA sont mises en place. Depuis quelques semaines, ce sont en effet les élèves de 4e, de seconde et de première année de CAP qui expérimentent des « parcours apprenants IA ». Buts recherchés : comprendre le fonctionnement de l’IA et l’utiliser de façon « éclairée et efficace ».
«Pour moi, l’IA c’est devenu un réflexe, presque comme d’aller sur Google avant. Je m’en sers surtout pour les devoirs, comme beaucoup dans ma classe. Par exemple, la semaine dernière, je devais faire une fiche de lecture en français, j’ai demandé à ChatGPT de me donner des idées de plan pour la rédiger. Ça m’aide aussi pour l’anglais : quand je ne comprends pas une tournure de phrase, je lui demande de m’expliquer ou de corriger mes fautes en m’expliquant pourquoi c’est faux. C’est super efficace, c’est simple et rapide, on a l’impression que l’IA sait tout ! ». Alexiane, 14 ans, élève de 3e dans un collège de Touraine, ne tarit pas d’éloges sur l’IA ; un enthousiasme partagé par la plupart de ses camarades, qui sont aujourd’hui massivement des utilisateurs quotidiens de l’intelligence artificielle.
Des questions et des inquiétudes
D’après le Baromètre du numérique, publié en février 2026 par le Crédoc, centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, 68 % des 12-17 ans ont recours à l’IA pour leurs devoirs ! Une véritable révolution, qui soulève autant de questions que d’inquiétudes. En effet, l’IA générative, comme ChatGPT ou Gemini pour les plus connues, n’est pas infaillible – loin de là ! –, et, de surcroît, utiliser l’IA a nécessairement un impact sur la construction cognitive et le rapport à l’acquisition des connaissances – même s’il est encore difficile aujourd’hui d’en mesurer précisément les conséquences.
Il n’en reste pas moins que, par la force des choses, face à cette nouvelle réalité, l’Ecole ne peut se tenir à l’écart de cette « révolution de l’IA ». L’irruption de l’IA dans les pratiques d’apprentissage des élèves interroge en effet l’institution scolaire. Celle-ci a un devoir d’encadrement et de formation concernant cette nouvelle technologie, qui percute son rôle et son fonctionnement. Comment évaluer les élèves quand ceux-ci utilisent l’IA pour faire leurs devoirs ? Comment l’IA peut-elle – ou doit-elle – aider les enseignants dans leurs pratiques ?
Devant tous ces enjeux, déjà d’actualité, l’Education nationale a produit en juin dernier un vade-mecum : « L’IA en éducation, cadre d’usage ». En partant d’un constat : « Les IA viennent interroger certains repères essentiels de l’École comme la place des devoirs (potentiellement réalisés par des IA), leur prise en compte dans l’évaluation d’un élève (pouvant influer sur son orientation) et le rapport à l’acquisition de connaissances (face à des IA paraissant omniscientes). »
Ce « cadre d’usage de l’IA en éducation » explicite l’utilisation – ou non – de l’intelligence artificielle dans le cadre scolaire, suivant une ligne directrice clairement définie : « Dans le cadre pédagogique, l’usage de l’IA, en assistance et non en substitution des apprentissages et de l’effort intellectuel, doit être encadré et accompagné par l’enseignant » ; avec des modalités d’application déclinées suivant le niveau des élèves. Ainsi :
- au premier degré, les élèves sont sensibilisés aux connaissances de base sur les IA, mais sans manipuler directement des services d’IA générative.
- L’utilisation pédagogique des IA génératives par les élèves, encadrée, expliquée et accompagnée par l’enseignant, est autorisée en classe à partir de la 4e en lien avec les objectifs des programmes scolaires et du CRCN (lire en encadré page 11).
- Au lycée, les élèves peuvent les utiliser de manière autonome dans un cadre d’apprentissage et de formation explicitement défini par l’enseignant.
Former les élèves à un bon usage de l’IA
Tout au long de leur scolarité, du primaire au lycée, les élèves reçoivent un enseignement qui doit les conduire à maîtriser progressivement les outils numériques (lire en encadré page 11). Tous ces apprentissages, dans le second degré, s’appuient sur la plateforme Pix, qui conçoit les référentiels de compétences numériques.
Ces formations sont donc aujourd’hui enrichies par des modules spécifiques dédiés à l’intelligence artificielle. Les élèves en 4e, 2nde des voies générales, technologiques et professionnelles, et en première année de CAP sont les premiers à en bénéficier (lire notre zoom page 9). Une formation destinée à construire « une culture numérique critique et responsable chez les élèves », en leur apportant les connaissances nécessaires pour « comprendre le fonctionnement de l’IA (en particulier générative), ses usages, ses limites, ses biais et ses impacts ».
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L’IA, nouvelle source d’information des jeunes
Selon une enquête de l’Association e-Enfance, réalisée janvier 2026 auprès d’adolescents de 11 à 18 ans, 56 % des adolescents déclarent faire confiance aux informations fournies par des intelligences artificielles génératives. Autre résultat qui interroge, 40 % reconnaissent remettre rarement, voire jamais, en cause une information provenant d’une IA. Des chiffres significatifs qui montrent l’importance de développer l’esprit critique et le recul nécessaire que les élèves doivent adopter face aux informations délivrées par l’intelligence artificielle générative, comme ChatGPT ou Gemini, pour les plus utilisées. C’est d’ailleurs l’un des objectifs des nouveaux parcours d’apprentissage à l’IA mis en place depuis quelques semaines (lire en encadré).
MIA seconde, les premiers pas de l’IA à l’école
C’est dans le cadre du « choc des savoirs » mené par l’ancien ministre de l’Education nationale, Gabriel Attal, que l’IA a été intégrée dans les apprentissages des élèves, en l’occurence les lycéens de seconde. Généralisé depuis la rentrée, M.I.A. (modules interactifs adaptatifs) Seconde est un service de remédiation et d’approfondissement en français et en mathématiques dédié aux élèves de seconde – plus de 20 000 exercices sont disponibles. A noter toutefois, cette ressource numérique, issue de l’IA adaptative (différente des IA génératives comme ChatGPT), est proposée aux enseignants et aux élèves, qui sont donc libres de l’utiliser ou non.
En pratique, grâce à un algorithme d’IA adaptative, les parcours s’ajustent automatiquement : les contenus proposés évoluent en fonction de la progression de chaque élève ; en d’autres termes, comme le signifie l’adjectif « adaptatif », le programme analyse les réussites et les erreurs en temps réel, et s’adapte pour proposer ensuite des exercices de plus en plus ciblés.
Avantage de MIA seconde, il peut être utilisé en classe mais aussi à la maison, via l’ENT (Espace Numérique de Travail) de l’élève ; l’application est également accessible via une application mobile.
Mode d’emploi des nouveaux parcours apprenants IA
Depuis quelques semaines, comme le prévoyait la circulaire de rentrée 2025-2026, des parcours Pix spécifiques pour former à l’intelligence artificielle les élèves de 4e, de 2de et de 1re année de CAP sont mis en place. Un enseignement obligatoire, mais « progressivement » ! En effet, la mise en ligne effective de ces parcours a pris un peu de retard (Pix et l’Education nationale – EN – sont deux entités différentes, Pix étant chargé de la partie technique, l’EN des validations) ; conséquence, comme le précise la note de service du 23 janvier dernier : « la mise en œuvre de cette obligation par les établissements scolaires est organisée de manière progressive sur les années scolaires 2025-2026 et 2026-2027 ».
D’une durée comprise entre 30 et 45 minutes chacun, selon le niveau de chaque élève, ces nouveaux parcours apprenants sont composés :
- d’un diagnostic préalable de connaissances et de compétences en IA ;
- puis d’un programme personnalisé de modules de micro-formation, proposé à tous les élèves en fonction de leurs réponses aux épreuves. Il s’agit de courts modules interactifs centrés sur les savoirs (grands types d’apprentissage des IA, principe de fonctionnement…), les savoir-faire (bases du « prompting », ce que l’on appelle les requêtes, les questions ou demandes que l’on formule au logiciel d’IA), et, enfin, la compréhension des enjeux des IA (limites et biais).
Avec ces parcours apprenants en IA, les élèves vont découvrir, en d’autres, que :
- « L’objectif d’une IA générative est de répondre aux demandes d’un utilisateur, pas de dire la vérité ».
- « Une IA générative peut faire des erreurs, par exemple présenter comme vraies des informations inventées ; on appelle cela une hallucination ».
- « Les personnes qui conçoivent les IA génératives essaient de réduire les erreurs. Mais il n’existe pas de moyen technique pour empêcher complètement ces erreurs ».
- « Face à ces erreurs, difficiles à détecter, c’est à l’utilisateur de faire preuve d’esprit critique et de croiser les sources ».
Les élèves suivent ces parcours en classe, sous la surveillance de leur enseignant.
Notons enfin que les nouveaux parcours apprenants en IA (4e, seconde et CAP) ne donnent lieu ni à une attestation ni à une certification.
L’iA, un outil désormais autorisé pour les enseignants
L’intelligence artificielle transforme l’apprentissage, mais également les pratiques des enseignants ! Le « cadre d’usage de l’IA en éducation » consacre son utilisation possible par les enseignants, que ce soit pour les aider à préparer leurs cours, évaluer leurs élèves, corriger leurs devoirs. Le vade-mecum indique que l’enseignant peut utiliser « des IA accessibles au grand public, sous sa responsabilité sachant que, comme toute donnée ou information utilisée à des fins d’enseignement, les productions générées par l’IA doivent être vérifiées et croisées avec d’autres sources ».
Comme le précise utilement Canopé, le réseau de formation des enseignants, dans son guide consacré à l’usage de l’IA en éducation, « Il n’y a pas d’injonction à utiliser les IA génératives. Chaque enseignant est libre d’estimer si ces outils constituent ou non une plus-value pour ses approches pédagogiques et didactiques ».
IA génératives et évaluation : nouvelle équation ?
C’est l’un des sujets brûlants soulevés par l’utilisation de l’intelligence artificielle par les élèves : comment prendre désormais en compte les devoirs « faits à la maison » ? Le « cadre d’usage de l’IA en éducation » publié par l’Education nationale ne nie pas cet état de fait : « Chaque établissement doit prendre en compte la réalité des usages des IA par les élèves » est-il explicitement demandé. En conséquence, les enseignants doivent adapter leurs pratiques.
Ainsi, au primaire, en matière de devoirs et d’évaluation, le raisonnement et la résolution de problèmes doivent prévaloir.
De manière générale, « l’utilisation d’une intelligence artificielle générative pour réaliser tout ou partie d’un devoir scolaire, sans autorisation explicite de l’enseignant et sans qu’elle soit suivie d’un travail personnel d’appropriation à partir des contenus produits, constitue une fraude. »
A noter, pour démasquer d’éventuelle fraudes commises par les élèves, les enseignants devront faire sans les logiciels de détection de contenus générés par l’IA, qui ne sont pas recommandés, « car ils pourraient pénaliser à tort un élève » en raison de leur manque de fiabilité.
Former les élèves aux compétences numériques
Du primaire au lycée, les modalités de formation, d’évaluation et de certification des compétences numériques des élèves viennent d’être redéfinies (Bulletin officiel du 5 février 2026), prenant notamment en compte les nouvelles formations à l’IA.
Au primaire, l’objectif est de donner aux élèves des repères pour comprendre le fonctionnement et l’utilité du numérique, et commencer à l’utiliser de manière adaptée et sécurisée. Les activités des élèves sont toujours encadrées et accompagnées par les enseignants.
Les niveaux de maîtrise des compétences numériques, atteints par les élèves en classe de CM2 et en classe de 6e, sont obligatoirement inscrits dans le dernier bilan périodique du livret scolaire « afin de permettre un suivi de la progression des élèves et d’informer les élèves et les parents du niveau atteint ».
Attestation en 6e
Tous les élèves de 6e passent obligatoirement les parcours Pix de « sensibilisation au numérique », en vue de la délivrance d’une attestation. Ces parcours sont notamment centrés sur les thématiques de la protection et de la sécurité avec des questions spécifiques sur le cyberharcèlement « afin de sensibiliser les élèves aux bons réflexes et aux bonnes pratiques numériques à adopter ».
A l’issue d’une évaluation, lorsque l’élève obtient au moins 50 % de réussite aux questions, une attestation est délivrée, et remise aux élèves à l’issue du conseil de classe du 3e trimestre.
Certifications à la fin du collège et du lycée
Au cours de leur scolarité secondaire, les élèves sont ensuite évalués à deux reprises : une épreuve de certification Pix du niveau de maîtrise des compétences numériques est ainsi organisée en 3e et enfin en terminale.
Ces tests, d’une durée totale de deux heures, sont composé d’un nombre fixe de trente-deux questions qui couvrent l’ensemble des seize compétences du CRCN
A savoir : l’obtention (ou non) de la certification est sans incidence sur l’obtention du diplôme national du brevet.
Un cadre de référence des compétences numériques (CRCN)
L’éducation au numérique se base sur le Cadre de référence des compétences numériques (CRCN), organisé en cinq domaines et seize compétences qui sont évaluées tous les ans dans le cadre du programme de chaque enseignement et qui font l’objet d’une certification en 3e et en terminale.
Les cinq domaines du CRCN sont : information et données ; communication et collaboration ; création de contenus ; protection et sécurité ; et environnement numérique. Huit niveaux dans chacune des seize compétences sont définis. Le niveau global attendu des élèves en 3e est un niveau 3 (Indépendant 1), en terminale un niveau 4 (Indépendant 2).
