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Vers de nouveaux rythmes scolaires ?

HD-471---dossier-ouvLe 23 novembre, les membres de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, organisée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), ont formulé 20 propositions pour une nouvelle organisation des temps des enfants mieux adaptée à leur bien-être, leur santé et leurs apprentissages.

Plusieurs recommandations concernent les rythmes scolaires… et ne font pas dans la demi-mesure ! La Convention citoyenne préconise ainsi une semaine d’enseignements sur cinq jours, du lundi au vendredi, pour tous les élèves, de l’école élémentaire au lycée, une heure de début des cours à 9 h dans le second degré avec des cours de 45 minutes, une organisation quotidienne repensée avec des matinées consacrées aux cours théoriques et des après-midis dédiés à des apprentissages pratiques, artistiques, culturels, sportifs… Un vrai programme d’envergure. Reste à savoir quel avenir sera réservé à ces propositions « citoyennes », désormais dans les mains des décideurs politiques, à un moment où ces derniers sont plongés dans la plus grande incertitude.

 

Depuis longtemps, la question des rythmes scolaires divise les parties concernées : parents, enseignants, spécialistes, politiques… Il suffit de regarder en arrière pour constater que les rythmes scolaires ont subi de nombreuses évolutions ces dernières décennies (lire en encadré ci-dessous). Les journées sont-elle trop longues ? Comment aménager au mieux la semaine ? Quelle est la durée idéale des vacances ? La question essentielle réside dans l’adéquation entre les rythmes scolaires et les rythmes de vie des enfants, pour que réussite scolaire et épanouissement personnel soient au rendez-vous et que les inégalités entre les enfants soient réduites au minimum.

 

HD-471---dossier-p2Différents temps

C’est justement l’objet de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant. Organisée par le Conseil économique, social et environnemental, à la demande du Président de la République, la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a rassemblé 130 citoyennes et citoyens tirés au sort « illustrant la diversité de la société française ». De juin à novembre 2025, ils se sont réunis sept week-ends pour élaborer un rapport sur la structuration des temps de vie des enfants. Leur mission : apporter une réponse à cette (vaste !) question : « Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? ».

En effet, les travaux ne se sont donc pas limités aux seuls rythmes scolaires, mais sur l’ensemble des temps de l’enfant. Ces différents temps sont ainsi déclinés :

  • Temps scolaire : heures de cours ;
  • Temps périscolaire : garderie, étude, ateliers ;
  • Temps extra-scolaire : activités sportives, culturelles, loisirs, colonies de vacances ;
  • Temps libre : vacances en famille, jeux, écrans, repos.

 

Une semaine de cours de 5 jours

Sur les 20 recommandations finales émises, une grande part concerne les rythmes scolaires. Parmi les changements appelés les plus notables figure une proposition choc : passer la semaine à 5 jours du lundi au vendredi, et dès l’école élémentaire jusqu’au lycée. Une mesure – loin de la demi-mesure ! – dont le but principal est d’éviter les journées trop longues. Pour les membres de la convention : « Condenser les cours sur quatre jours entraîne des journées trop denses, des irrégularités dans les heures de coucher et de lever, avec des incidences majeures sur la fatigue et la capacité d’attention des enfants ».

On comprend bien l’objectif de cette recommandation de passer à 5 jours pleins par semaine, mais on peut s’interroger sur la façon dont les décideurs pourraient l’accueillir, notamment les municipalités concernant le primaire. En effet, quand l’assouplissement des rythmes scolaires a été décidé en 2017 par le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, l’écrasante majorité des communes est revenue à un rythme hebdomaire de 4 jours et demi à… 4 jours !

 

HD-471---dossier-p3Une nouvelle organisation de la journée d’école

D’autres préconisations de la convention citoyenne retiennent aussi l’attention en bouleversant le schéma actuel. Ainsi, pour les collégiens et lycéens, les cours ne devraient pas commencer avant 9 h, « pour respecter leurs rythmes biologiques ». Toujours dans le secondaire, les cours seraient réduits à 45 minutes effectives maximum, contre 55–60 minutes actuellement. Par ailleurs, l’organisation quotidienne serait repensée : les matinées consacrées aux cours théoriques, les après-midis dédiés à des apprentissages pratiques, artistiques, culturels, sportifs, et aux projets interdisciplinaires. L’organisation de l’après-midi pourrait ainsi prendre la forme suivante :

  • 2 heures d’apprentissages pratiques, comportant des projets, des ateliers de la vie pratique, de la pratique artistique, culturelle et sportive, obligatoires et gratuites jusqu’à 15h30 ;
  • 1 à 2 heures d’activités artistiques et sportives gratuites proposées à partir de 15h30.

 

Des devoirs aux « revoirs »

Autre proposition de réforme en profondeur : les devoirs se feraient essentiellement à l’école avec des « revoirs » à la maison. Une préconisation qui répond à une situation dénoncée par la convention citoyenne : « Les devoirs à la maison participent à creuser les inégalités sociales entre les enfants puisqu’ils dépendent des conditions de vie et de l’accompagnement des familles ». Autre argument avancé pour les devoirs à l’école : ils facilitent « la coopération entre élèves, le repérage et l’accompagnement individualisé des élèves en difficulté ».

Sur la question des vacances scolaires, alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que la convention citoyenne propose une réduction des vacances d’été – comme le suggérait le président de la République Emmanuel Macron –, il est proposé un statu quo avec l’alternance actuelle entre 7 semaines de cours et 2 semaines de vacances, mais la convention citoyenne propose toutefois de réduire les zones de vacances de 3 à 2 zones pour les vacances d’hiver et de printemps.

 

CCTE-Rapport-citoyen-(1)001Quelles suites ?

On le voit, ce rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant contient un grand nombre de mesures qui modifieraient en profondeur les rythmes scolaires actuels. Toutes ces préconisations seront-elles prises en compte par les décideurs politiques ? L’instabilité politique actuelle incite au doute. Dans tous les cas, cette convention citoyenne a déjà le mérite de soulever de réelles problématiques qui nuisent aujourd’hui au bien-être et aux apprentissages des enfants.

 

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Rythmes scolaires : une longue histoire

Les rythmes scolaires ont subi de nombreuses évolutions. Ainsi, à l’origine, en raison des lois Jules Ferry sur la laïcité de l’école, les écoliers ne travaillaient pas le jeudi pour permettre l’organisation de la catéchèse en dehors des établissements scolaires. Puis la coupure a été transférée au mercredi.

En 1995, François Bayrou, ministre de l’Éducation nationale (1993–1997), mène une réforme qui ne modifie pas le nombre de jours de classe, mais propose un nouveau cadre pour l’aménagement du temps scolaire, avec des assouplissements.

2008 marque une rupture avec la réforme dite « Darcos », du nom du ministre de l’Éducation nationale de l’époque, qui acte la suppression du samedi matin et instaure la semaine de 4 jours.

En 2014, nouveau changement avec la réforme Peillon / Hamon : le gouvernement réintroduit la semaine de 4 jours et demi avec le retour d’un mercredi matin travaillé. Seulement 3 ans plus tard, en 2017, le ministre Jean-Michel Blanquer apporte un assouplissement aux rythmes scolaires : les communes peuvent choisir entre 4 jours ou 4 jours et demi. Et elles s’empressent de le faire : la très grande majorité des communes repassent à la semaine de 4 jours.

 

Ce qui doit changer… selon les élèves !

Comme l’avait expressément demandé l’ex Premier ministre François Bayrou quand il a saisi le Conseil économique social et environnemental pour organiser les travaux de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, la parole de ces derniers devaient être recueillies pour « éclairer » les membres de cette convention.

Pour le second degré, un panel de vingt adolescents, de 12 à 17 ans, a donc été interrogé. Au final, 4 problématiques majeures sont ressorties :

  • Des journées trop longues et trop denses

Les jeunes ont exprimé que la longueur et l’intensité des journées impactent fortement leur énergie, leur motivation et leur capacité à se concentrer. Cela s’explique à la fois par le temps passé en cours, les devoirs, les déplacements et la manière dont les activités scolaires sont organisées.

  • Une pression liée à la charge de travail

Selon eux, la quantité et la répartition des devoirs, combinées à la pression des évaluations, rendent le rythme des journées scolaires particulièrement lourdes et stressantes. Cette surcharge engendre souvent de la fatigue, un manque de motivation et un risque de décrochage.

  • Une pression liée aux choix d’orientation

Pour les jeunes, si les choix d’orientation sont imposés trop tôt, ils regrettent aussi un manque de temps de qualité consacré à l’orientation : peu d’accompagnement individualisé « car les conseillers d’orientation sont peu disponibles, et les forums d’orientation peu diversifiés ».

  • Une exposition excessive aux écrans sur le temps libre

Les jeunes ont aussi noté une contradiction entre l’interdiction souhaitée des écrans par les adultes et l’obligation de les utiliser pour les cours et les devoirs.

 

Après cet état des lieux, le panel des jeunes a émis plusieurs propositions dont beaucoup ont été reprises dans les recommandations finales de la convention citoyenne ; on citera pas exemple : des journées plus courtes (9h-15h30) avec des après-midis dédiés à des apprentissages pratiques divers et au choix, des devoirs allégés, à réaliser au sein de l’école, des cours de 45 minutes pour les matières du tronc commun qui nécessitent une forte attention avec des pauses de 5 minutes entre chaque cours.

 

Les propositions en dehors du temps scolaire

Outre les questions qui entourent les rythmes scolaires, la convention citoyenne a émis plusieurs propositions concernant les autres temps de l’enfant, en dehors des heures de cours à l’école.

Ainsi, sur les dangers du numérique (troubles du sommeil, de l’attention, anxiété, exposition à des contenus violents, cyberharcèlement…), la Convention citoyenne propose de renforcer la législation existante, en interdisant les réseaux sociaux avant 15 ans avec vérification d’identité, mais aussi « en paramétrant par défaut le téléphone des enfants à l’achat, et en interdisant la publicité sur les types d’écrans à destination des enfants ».

Autre sujet qui peut contribuer au mal-être des enfants : la question des temps de transport. Pour réduire ces temps de transport – et permettre ainsi aux jeunes de prolonger leur temps de sommeil –, l’idée est de mettre en place un « plan de mobilité jeunes », qui garantisse partout sur les territoires que les temps de trajet entre le domicile et l’établissement scolaire n’excèdent jamais 45 minutes.

Le temps du déjeuner a aussi été abordé par la convention. Ainsi, la « proposition 6 » vise à garantir à chaque enfant une pause du midi d’une heure et demie minimum, avec un temps de repas de 30 à 45 min dans un environnement adapté et avec une assiette de qualité – une thématique, la qualité de la cantine, qui entre en écho avec notre dernier dossier sur la restauration scolaire et le manifeste pour le bien manger à l’école (lire ICI).

 

 

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