VDP_409 Janvier 2020

L’ Ecole de la République est très loin du sanctuaire qu’elle était supposée être. On estime à 10 % la part d’enfants et d’adolescents victimes de harcèlement scolaire. A savoir d’agressions répétées, d’ordre psycholo- gique (moqueries, mises à l’écart, humi- liations), physique (coups, violences di- verses) ou sexuel, de la part de leurs camarades. Un état de fait désormais ag- gravé par leur utilisation massive des ré- seaux sociaux : le cyber-harcèlement prolonge le harcèlement scolaire en de- hors de l’enceinte des établissements. A la clé, insultes, publications de photos ou de vidéos « compromettantes », chan- tage, incitation au suicide… Face à ce fléau, l’institution a instauré, depuis 2015, une Journée nationale et des mesures permettant de mieux détec- ter les situations de harcèlement (mallette pédagogique, réseaux de référents et d’ambassadeurs, numéro vert, etc.) « Des outils notoirement insuffisants », dénonce Catherine Verdier, psychologue pour enfants et adolescents (1) , fondatrice de Psyfamille et présidente de l’associa- tion Amazing Kids. Qui préconise aux pa- rents de miser au premier chef sur la pré- vention, dès le plus jeune âge. Prévenir les risques de harcèlement : une éducation au long cours Cette prévention doit en effet d’abord passer par une éducation familiale, basée sur une présence attentive, la bienveil- lance et le respect d’autrui. Catherine Verdier préconise la « Méthode des trois E » : émotions, estime de soi et empathie. D’abord, aider l’enfant à reconnaître, ver- baliser et exprimer ses émotions. Ce qui permet de cultiver l’empathie, une qualité qui se perd si on ne l’entretient pas. « Cela veut dire montrer l’exemple, par des comportements courtois, l’entraide, la vigilance aux autres… » , illustre-t-elle. Troisième pilier : l’estime de soi. « Celle- ci est au cœur de la problématique du harcèlement scolaire, dans le sens où le harceleur a, très souvent, une estime de lui-même beaucoup plus basse que sa victime » , souligne la psychologue. Cette prévention passe aussi par une éducation à Internet et à une limitation des contenus accessibles et du temps passé devant les écrans, en fonction de l’âge de l’enfant. « Confier un téléphone ou un ordinateur à un mineur doit aller de pair avec un contrat de confiance et dans le cadre d’un dialogue, sur ce qu’il fait sur le Net, ce qu’il y aime ou non… » , précise Catherine Verdier. détecter le harcèlement : les signes qui doivent alerter Il n’est pas toujours facile de repérer une situation de harcèlement, les jeunes pré- férant souvent occulter les choses, par honte ou par crainte (de décevoir leurs parents, de représailles...). D’où l’intérêt d’être attentif à tout changement de com- portement de l’enfant. Il peut s’agir de bouleversements physiques : troubles du sommeil, comportement alimentaire déré- glé, bleus ou égratignures sur le corps, maux de ventre, de tête… Son matériel peut être détérioré. Mais aussi de mani- festations d’ordre psychologique : irritabi- lité, changements d’humeur, problèmes de concentration, auto-dévalorisation, chute des résultats scolaires, réticence à aller à l’école qui peut aller jusqu’à la phobie scolaire… Ou encore de change- ments sociaux : refus d’aller aux activités, de prendre le bus, absence d’invitation aux anniversaires... A ce tableau peut s’ajouter, chez les ados, une consomma- dossier numéro 409 - Janvier 2020 - www.peep.asso.fr • Plus de 700 600 élèves, soit près d'un enfant sur dix, subissent chaque année une situation de har- cèlement entre le Ce2 et le lycée (5 à 12 % dans le primaire, 7 à 10% au collège (3) , 1,3 à 3,4% au lycée (4) ). • 47 % des 13-17 ans déclarent avoir déjà subi une agression en ligne (5) . • 22 % des enfants harcelés n’en par- lent à personne. • 61 % des élèves harcelés disent avoir des idées suicidaires. 3 à 4 adolescents se suicideraient chaque année du fait de ces insultes en ligne. Chiffres-clés Le harcèlement scolaire n’est, hélas !, pas un phénomène nouveau. Mais aujourd’hui, avec inter- net et les smartphones, support des réseaux dits « sociaux », le cyber-harcèlement prolonge le harcèlement scolaire en dehors de l’enceinte des établissements. Catherine Verdier, psychologue pour enfants et adolescents, fondatrice de Psyfamille “ Confier un télé- phone ou un ordi- nateur à un mineur doit aller de pair avec un contrat de confiance et dans le cadre d’un dia- logue, sur ce qu’il fait sur le Net, ce qu’il y aime ou non… 8

RkJQdWJsaXNoZXIy MTI2MTY0