DOSSIER

Bien s’informer et mieux se connaître pour une orientation réussie

LVDP-399---Yoda« Plus tard, je serai astronaute ». Il est loin le temps où les enfants annonçaient fièrement et avec certitude leur futur métier. En plein cœur de l’adolescence, les choses sont différentes. Le doute s’installe, les questions se multiplient. Rares sont les élèves qui avancent avec une idée bien précise de ce qu’ils feront après leur bac. Alors, tout au long du collège puis au lycée, va se construire un projet : celui de l’orientation. D’abord à travers la découverte de la vie professionnelle et du monde du travail, au sens général, puis en se posant les bonnes questions sur soi et ses affinités. A la fin du collège sonnera l’heure des premiers choix. Heureusement, l’élève bénéficie d’un large panel d’interlocuteurs pour l’aider dans son projet, de dispositifs locaux, d’outils de l’Education nationale, de rendez-vous spécialisés. Mais devant cette masse d’information, la famille restera son premier soutien.

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A Antony (Hauts-de-Seine) se tient une nouvelle édition de la matinée Rose des Talents (outil d’orientation développé par la Peep), où des dizaines de collégiens et de lycéens viennent répondre à un questionnaire. Le but n’est pas de tester leurs acquis scolaires, mais de mieux se connaître eux-mêmes et, peut-être, de trouver leur voie. Certains comme Déa, élève en seconde générale, ont déjà une petite idée de leur futur métier.

Ayant un bon feeling avec les enfants, elle souhaite travailler plus tard dans le secteur de la petite enfance. Mais les doutes restent nombreux. « A la fin de l’année, je pense choisir une première S, mais sans grande conviction… Si je souhaite travailler dans la petite enfance, est-ce vraiment la bonne voie ? C’est pourquoi je me rends à des rendez-vous de ce type : j’espère en savoir plus sur moi-même et sur tout ce qui peut m’être proposé. Et qui sait, peut-être que je vais découvrir un autre métier coup de cœur ? », commente la lycéenne.

Comme Déa, ils sont beaucoup à prendre leur orientation très à cœur. Pour d’autres, en revanche, les projets restent plus flous.

 

HD-399---dossier-2Se forger une culture de l’entreprise

Alors, à quel moment, faut-il réellement commencer à réfléchir à son orientation ? D’après Christian Cossec, inspecteur de l’Education nationale, chargé de l’information et de l’orientation (IEN-IO) de la Manche, « rien ne presse ». « Parler trop tôt de stratégie d’orientation, c’est-à-dire dès les premières années du collège, c’est mettre à l’enfant une pression inutile. Il vaut mieux lui forger une culture de ce qu’est une entreprise, le monde du travail, lui faire découvrir des métiers… L’orientation, ce n’est pas seulement une question de ce qu’on va faire, c’est comprendre le monde pour avoir envie de s’y projeter », assure-t-il. Ouvrir l’esprit de l’élève passe alors par toute une série d’échanges : avec les parents sur le quotidien de leur métier, en abordant les sujets de la vie économique avec les enseignants, en participant à des événements thématiques comme des journées de rencontre avec les métiers d’un secteur, etc. L’orientation passe à la fois par une démarche personnelle et par une démarche de l’établissement que fréquente l’élève. L’ensemble des actions de son équipe éducative s’insère alors dans le cadre du Parcours Avenir.

« Le Parcours Avenir permet, au travers des disciplines scolaires, d’évoquer des situations professionnelles. Cela peut être, par exemple, un professeur d’anglais qui présente les métiers anglo-saxons, souligne Christian Cossec. Pour être efficace, le Parcours Avenir doit être porté par l’ensemble de la communauté éducative. Il a vocation à être transversal à l’établissement. » L’élève bénéficie, en plus, d’un outil dédié : Folios. Développé par l’Onisep, cet espace numérique permet de conserver toutes les informations recueillies au cours de ses recherches ou de ses rencontres. C’est une sorte de fil rouge qui accompagne l’élève tout au long de sa réflexion, notamment jusqu’en 3e, premier niveau décisif pour l’orientation.

 

HD-399---dossier-3Quand la psychologie entre en jeu

En effet, dès la fin du collège, l’élève devra faire ses premiers choix, entre CAP (certificat d’aptitude professionnelle), seconde professionnelle ou seconde générale ou technologique. Tout dépend, dans un premier temps, de son ressenti par rapport à l’école. Souhaite-t-il intégrer la vie professionnelle rapidement ? Veut-il privilégier les cours théoriques ou bien pratiques   Dans le cadre de ce premier choix peut intervenir le psychologue de l’Education nationale, ou psy-EN. Ancien conseiller d’orientation psychologue, le nom a changé mais la mission reste la même : renseigner l’élève, lui fournir toute l’information nécessaire pour éclairer ses choix et, aussi, l’aider à mieux se connaître. Ce changement de nom met en valeur l’aspect psychologique de l’orientation, qui passe aussi par un travail de construction identitaire. « L’orientation s’appuie sur la compréhension des mécanismes psychologiques qui font que l’enfant se projette et se motive pour certaines démarches, confirme Corinne Blieck, directrice du CIO d’Orléans. La psychologie va aider le jeune à mieux se connaître et à réfléchir à ses valeurs. Plus que les goûts qui changent (surtout quand on est adolescent), ce sont les valeurs qui sous-tendent les choix d’une personne. Par exemple : aimer pouvoir disposer de libertés, vouloir organiser son temps sans dépendre d’une routine, ne pas vouloir se soumettre à une hiérarchie trop autoritaire, etc. » En réfléchissant à ses valeurs, l’adolescent construit sa personnalité et, in fine, ébauche un début de projet professionnel.

L’élève et sa famille peuvent donc solliciter un entretien auprès du psy-EN référent à son établissement. Il aidera les plus indécis, en dressant un inventaire de ce qui entre en compte pour faire un choix : ce qu’il aime dans ce qu’il étudie, les matières qu’il apprécie, voire sur le plus long terme, les professions qui l’attirent. Les résultats scolaires ne sont observés que dans un second temps. « Il est inutile d’enfermer un élève dans une voie sous prétexte que les résultats ne sont pas présents. Parfois quelques cours de soutien suffisent à redresser la barre. Autrement, c’est à nous de lui proposer des alternatives. Il ne faut pas oublier qu’il existe des passerelles et des possibilités de réorientation », rappelle Corinne Blieck.

 

HD-399---dossier-1-SIPADes choix…

Si la voie est tracée pour les élèves qui ont opté pour la voie professionnelle (CAP ou bac pro) – ce qui n’exclut pas les possibilités de réorientation vers une autre voie de formation (lire notre dossier « enseignement professionnel » de La Voix des Parents n° 398) – pour ceux qui ont choisi la voie générale et technologique après la 3e, la fin de l’année de seconde marquera un nouveau choix à effectuer. En effet, chaque élève devra se décider pour une série parmi 3 bacs généraux – S (scientifique), ES (économique et social), L (littéraire) – et 8 bacs technologiques.

A ce stade, souvent les premières affinités se dessinent. C’est ainsi en seconde que Téo a commencé à entrevoir son projet professionnel. Pour sa mère, Anne Capeau, l’étape est importante. « A la fin de la seconde, Téo semblait de plus en plus attiré par le milieu de l’audiovisuel. Journalisme, vidéo, cinéma…. Ce n’était pas encore très clair. Il a donc fait le choix d’un bac ES, plus « large » pour ce genre de secteur. Aujourd’hui, Téo est en terminale. Pour l’aider dans ses vœux, nous allons nous rendre aux journées portes ouvertes de l’ESJ (Ecole Supérieure de Journalisme) de Lille, mais aussi à celles des universités et aux forums organisés par les BTS audiovisuels de la région », partage Anne Capeau. Soit autant d’événements qui permettront au lycéen de se poser des questions concrètes et de confirmer (ou non) ses souhaits d’orientation.

 

HD-399---dossier-4… et des vœux !

S’informer à l’extérieur de son lycée est une bonne démarche. Les événements ne manquent pas et des sites spécialisés tels que l’Onisep ou le CIDJ reviennent en détail sur les agendas « portes ouvertes » des établissements d’enseignement supérieur. Sans oublier les différents salons d’information sur l’orientation organisés localement (Studyrama, L’Etudiant…). Tout cela doit permettre d’appréhender la formulation des vœux plus sereinement. Car après les différents choix d’orientation qui ont conduit les élèves jusqu’en terminale, arrive le temps des vœux ! Exit APB (Admission Post-bac), les élèves de terminale vont étrenner la plateforme Parcoursup : dès le 15 janvier 2018 pour s’inscrire et dès le 22 janvier pour saisir leurs vœux (lire plus loin l’interview de la ministre Frédérique Vidal). Une nouveauté qui s’inscrit dans la réforme « Plan Etudiants », dont l’objectif est de mettre fin à l’orientation par défaut (lire en encadré).

Les élèves de terminale 2017 – 2018 vont donc inaugurer un bon nombre de nouveaux dispositifs. Mais au-delà de ces innovations, qui visent avant tout à une meilleure information du lycéen, ce qui ne change pas c’est que l’orientation ne doit pas s’appréhender seul, mais être l’affaire de tous autour du jeune : l’équipe enseignante, les acteurs extérieurs spécialistes de l’orientation et, bien sûr, les parents !

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ZOOM

S’informer sur le net

  • Pour mieux appréhender les changements :

Le site terminales2017-2018.fr aide les futurs bacheliers à s’orienter en cette année de réforme.

  • Des questionnaires pour mieux cerner sa personnalité ou ses affinités :

http://outils.onisep.fr/quizz-metier/

  • Pour se renseigner sur les métiers :

www.onisep.fr/Decouvrir-les-metiers

www.letudiant.fr/metiers.html

  • Pour échanger avec des conseillers :

monorientationenligne.fr permet à chaque lycéen d’échanger par tchat, mail ou téléphone avec des conseillers et des étudiants ambassadeurs sur son projet d’avenir.

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Rendez-vous de l’orientation : savoir préparer sa visite

Journée des métiers, forum d’orientation post-bac, salon étudiant, portes ouvertes… Autant de moments-clés dans tout projet d’orientation, à condition de savoir préparer sa visite. Cela commence déjà par le choix de l’événement. « Un élève avancé dans son projet se rendra aux portes ouvertes d’un lycée ou d’une école. C’est une visite ciblée qui lui permettra d’échanger avec les professeurs et de découvrir la vie de l’établissement. L’élève plus indécis devra privilégier des salons ou des forums de grande envergure, qui comptent de nombreux stands », compare Christian Cossec, inspecteur de l’Education nationale.

Toutefois, se rendre sur ce type d’évènements suppose d’avoir déjà une petite idée sur sa voie future, au risque sinon de se perdre devant la masse d’informations proposée. Il est conseillé de se renseigner sur les établissements présents, d’étudier le plan et de repérer les stands à visiter, de réfléchir à une série de questions, etc. Enfin, mieux vaut privilégier la visite en famille plutôt qu’avec sa bande de copains. « Lorsqu’ils restent en groupe, les jeunes n’osent plus se démarquer, leur démarche sera moins personnelle, commente Christian Cossec. La famille, quant à elle, aura un autre point de vue sur l’orientation. Elle posera des questions différentes, notamment d’ordre pratique : coût de la formation, éloignement, transport, etc. »

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Contester une décision d’orientation

Le conseil de classe propose une décision d’orientation qui ne correspond pas au souhait de l’élève ? Un recours est possible. Dans un premier temps, la famille peut solliciter un rendez-vous avec le chef d’établissement, décisionnaire en ce qui concerne le choix d’orientation des élèves. Si le désaccord persiste, les parents ont trois jours pour faire appel. L’établissement scolaire transmet alors le dossier de l’élève à une commission d’appel.

Présidée par l’inspecteur d’académie ou son représentant (un principal ou un proviseur), elle comprend des chefs d’établissement, des enseignants, des parents d’élèves, des psychologues de l’Education nationale, des personnels de santé (médecin scolaire, assistant social). Les parents et l’enfant sont convoqués : à eux de faire preuve de persuasion et d’argumenter leur position (problèmes de santé ou difficultés familiales qui ont impacté les résultats de l’élève, évaluation insuffisante du niveau scolaire, motivation de l’élève pour un métier en particulier, etc.).

Si sa demande se solde à nouveau par un refus, la famille peut encore saisir le tribunal administratif, qui pourra casser la décision de la commission d’appel s’il estime repérer un vice de procédure. Cependant, une telle démarche reste très rare. A savoir : il reste toujours le choix du redoublement pour la famille.

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itw-399-dossier-S-AMICPOINT DE VUE

Sylvie Amici, psychologue et formatrice Education nationale, présidente de l’Acop-F (association des conseillers d’orientation psychologues de France)

« Avant de parler de choix d’orientation, il faut faire en sorte que l’enfant puisse être dans une situation scolaire qui lui permette de développer son potentiel et ses capacités. C’est pourquoi l’action des psy-EN au sein des établissements ne se limite pas aux moments de choix d’orientation. Si l’enfant éprouve des difficultés scolaires, s’il y a des moments où il éprouve des craintes, il faut être présent pour essayer de le comprendre.

En parallèle, il ne faut pas s’inquiéter si l’élève change d’avis, s’il y a du flou, de l’incertitude : pour l’adolescent, l’orientation est une démarche qui reste en développement. Les choix de parcours scolaires ne sont pas pour lui une zone de rationalité. Enfin, il ne faut pas oublier que la plupart des baccalauréats offrent une palette assez large de poursuites d’études. La plupart des diplômes mènent à plusieurs métiers. Le schéma « un diplôme égale un métier » n’est plus aussi vrai, même s’il reste très marqué dans l’esprit des familles et même des élèves. Aujourd’hui, un même métier peut résulter de différents parcours et de différents diplômes. »

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TEMOIGNAGE

Lisa Sonnino, Antony

Cuisinier à l’hôtel Crillon à Paris, bilingue anglais, titulaire d’un bac pro avec mention… Lisa Sonnino a de quoi être fière de son fils aîné, Lionel. Pourtant, son parcours scolaire a été semé d’embûches. Détecté dysphasique en maternelle, Lionel a connu de nombreuses difficultés du primaire jusqu’au collège. Lorsqu’en 3e se pose la question de l’orientation, il vise un métier manuel et envisage de devenir pâtissier. « Le stage de 3e lui a permis de conforter son choix. Mais Lionel voulait intégrer une école de renom pour faire son CAP. Pour avoir un meilleur dossier, il redouble sa 3e. Sans succès, car son dossier est à nouveau refusé la 2e année, se souvient Lisa Sonnino. Or, à 15 ans, un enfant n’est pas assez mature pour prendre son destin en main. J’ai dû me renseigner pour lui, parcourir les salons, les forums, démarcher toutes les écoles de pâtisserie et de cuisine. » Les efforts de Lisa Sonnino ont fini par payer et son fils intègre le CFA Médéric, section « cuisine », un premier pas vers une carrière qui s’avérera prometteuse. « Si je ne m’étais pas battue, un tel parcours n’aurait pas été possible, assure la mère de Lionel. Les parents doivent surveiller de près l’orientation de leurs enfants, car entre l’indécision, les appréciations des professeurs et les écoles peu accessibles, les difficultés sont nombreuses. »

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Itw-399-F-Vidal---GRAND TEMOIN

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

« Bien s’orienter, c’est aussi ne pas s’autocensurer »

Le 30 octobre dernier, vous avez participé à la présentation du Plan Etudiants (lire en encadré ci-dessous). Pourquoi un tel dispositif ?

Aujourd’hui, non seulement on tire au sort les bacheliers pour qu’ils entrent dans l’enseignement supérieur, mais en plus, on observe plus de 60 % d’échec en 1re année de licence. Au-delà, seul un étudiant sur trois obtiendra sa licence en trois ans. Une des raisons principales à cette situation est le manque d’information et d’orientation au lycée : aujourd’hui, près de la moitié des bacheliers demandent uniquement quatre mentions de licences (PACES, droit, psychologie, STAPS), alors qu’il en existe 45. Nous avons eu, cette année encore, plus de 100 000 « réorientés », c’est-à-dire des jeunes qui ont voulu changer de filière dès la première année. La seconde raison, la plus injuste, c’est le système de tirage au sort qui prévalait sur la plateforme APB : cette année environ 66 000 jeunes ont été concernés par le tirage au sort à l’entrée de la licence publique de leur choix. Or, comment réussir dans une filière que l’on n’a pas choisie ?

A l’aune de ces constats, nous avons engagé une grande concertation avec tous les acteurs de l’enseignement supérieur, dont la PEEP, dès le mois de juillet. Après des centaines d’heures de réunion, d’échanges, de propositions, nous avons présenté le Plan Etudiants, qui prévoit notamment la mise en place d’une nouvelle plateforme d’admission pour la rentrée 2018, un investissement fort dans l’orientation des lycéens, un meilleur accompagnement du lycée vers le supérieur et la mise en place de parcours personnalisés en licence. Entre temps, la CNIL, la Cour des Comptes et le Conseil d’Etat, ont condamné le fonctionnement d’APB et considéré le tirage au sort comme illégal.

 

D’où la création de la plateforme Parcoursup… En quoi consiste-elle ?

Cette plateforme, nous avons souhaité qu’elle ne soit pas uniquement un moyen déshumanisé de formuler des vœux, mais qu’elle puisse devenir aussi un véritable outil d’information et d’orientation. Désormais, les formations afficheront sur la plateforme toutes les informations disponibles : leurs taux de réussite, leurs taux d’insertion professionnelle, la composition des enseignements, et les « attendus », c’est-à-dire les compétences et les connaissances qui sont attendues par les professeurs de ces formations pour que les étudiants puissent y réussir. Toutes ces informations sont indispensables aux bacheliers pour qu’ils puissent formuler des vœux éclairés et se projeter en toute confiance dans leurs études. Pour les accompagner dans cette nouvelle démarche, nous avons également décidé de dédoubler les professeurs principaux au lycée, de créer une deuxième semaine de l’orientation, et, dès janvier prochain, des « étudiants ambassadeurs » seront à la disposition des lycéens.

Le second objectif qui nous a guidés dans la construction de Parcoursup, c’est éviter les orientations par défaut : sur APB, lorsque vous aviez obtenu l’un de vos choix, tous les autres vœux disparaissaient ; les lycéens ne pouvaient donc plus revenir en arrière. Sur Parcoursup, les lycéens pourront formuler jusqu’à 10 vœux, qui n’ont plus besoin d’être hiérarchisés : c’est le lycéen qui hiérarchisera ses vœux au fur et à mesure qu’il reçoit des réponses. Quand il aura obtenu deux réponses positives, il devra choisir entre les deux, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne conserve que le vœu qu’il préfère.

 

Entre vœux des candidats et places disponibles, les établissements vont-ils devoir faire preuve de vigilance pour éviter tout risque de « surbooking », par exemple ?

En effet, il existe aujourd’hui un problème de places dans l’enseignement supérieur, mais seulement dans les filières dites « en tension ». Je rappelle qu’il restait encore 130 000 places disponibles à la fin de l’APB 2017. Le problème est donc celui des licences générales les plus demandées, mais aussi d’un certain nombre de BTS et d’IUT desquels les bacheliers technologiques et professionnels se trouvent évincés en raison de l’afflux massif de bacheliers généraux. Pour y remédier, j’ai engagé près d’un milliard d’euros uniquement fléchés pour l’ouverture de places dans ces filières, pour créer des postes et reconnaître l’engagement des enseignants dans la mise en place des parcours personnalisés. Ces mesures se concrétiseront dès l’an prochain et se déploieront au fur et à mesure des années. Elles permettront d’enrayer le risque de « surbooking ».

 

Une fois les réponses à leurs vœux obtenues, comment aider les élèves à faire leur choix définitif ?

Il faut garder une chose à l’esprit : tous les élèves qui souhaitent poursuivre des études auront une place dans l’enseignement supérieur, car le bac est le seul passeport pour ouvrir ces portes.

Je sais à quel point l’année de terminale peut être stressante pour les parents d’élèves. Tous les dispositifs que nous mettons en place visent justement à mieux accompagner les enfants vers la vie d’adulte, et donc aussi à aider les parents. Une des choses les plus importantes est de remettre de l’humain dans ce moment essentiel de la vie de nos enfants. Tous les parents que j’ai rencontrés m’ont fait part de leur impuissance lorsqu’ils se sont retrouvés seuls face à un algorithme dont la seule fonctionnalité était de faire concorder une offre et une demande.

C’est pour cela que la nouvelle plateforme affichera autant d’informations en amont. C’est pour cela aussi que deux professeurs principaux sont mobilisés par classe : ils accompagneront les lycéens et pourront les conseiller y compris lorsqu’ils auront les réponses à leurs vœux. Il ne faut pas hésiter à aller les voir. Une commission mixte entre le lycée et l’enseignement supérieur sera également créée, pour faire tomber cette barrière entre deux mondes qui se connaissent encore trop peu. Enfin, nous mettons en place, pendant toute la durée de l’admission une cellule qui répond aux questions que se posent les lycéens et les parents : par téléphone mais aussi sur les réseaux sociaux.

 

Si un élève veut suivre une filière, mais qu’il ne dispose pas du niveau requis, un recours lui est-il possible (une formation, une remise à niveau, etc.) ?

Nous voulons accompagner la diversité des profils des bacheliers et mieux les accompagner en généralisant des dispositifs qui existent déjà dans plusieurs universités et qui ont fait leurs preuves puisqu’ils ont permis d’éviter le décrochage en première année. Leur principe est simple : les universités ont l’obligation d’accepter toutes les demandes d’inscription, dans la limite de leurs capacités d’accueil. Cela signifie que les bacheliers sont bien inscrits en première année de la licence de leur choix. Mais nous leur demandons de faire confiance aux universités pour dessiner le chemin vers leur réussite : quand un bachelier aura un niveau trop éloigné des « attendus » définis par les formations, les universités pourront calibrer son emploi du temps pour y inclure des remises à niveau. Par exemple, si un bachelier littéraire veut suivre une licence de biologie, il débutera sa licence avec des cours complémentaires en biologie, car il n’aura pas fait de biologie en terminale.

 

Bien orienter les futurs bacheliers, par quoi cela passe-t-il ?

De l’information, de l’accompagnement, car il n’y a rien de plus injuste socialement que l’inégalité d’accès à l’information. Nous mettons beaucoup d’outils nouveaux à la disposition des parents et de leurs enfants : il ne faut pas hésiter à s’en saisir.

Je voudrais ajouter une dernière chose : bien s’orienter, c’est aussi ne pas s’autocensurer. Quand on a 18 ans, on a toute la vie devant soi. Il faut croire en soi, il faut y aller ! Et si on se trompe, ce n’est pas grave ; c’est aussi comme ça qu’on se construit et qu’on devient adulte.

 

 

BIO

Biologiste spécialisée en génétique moléculaire, Frédérique Vidal débute sa carrière dans le privé, dans la recherche et développement. Elle rejoint ensuite l’Université de Nice-Sofia Antipolis d’abord en tant que maître de conférence, puis en tant que présidente de 2012 à 2017. En mai 2017, elle devient ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

 

Plan Etudiants : des terminales en pleine mutation

Dès 2018, les élèves de terminale vont bénéficier de deux « semaines de l’orientation » au cours de l’année. Ces périodes mettront l’accent sur le dialogue avec l’équipe pédagogique et l’acquisition de connaissances sur les métiers et les études supérieures. Cette mesure s’inscrit dans le cadre du Plan Etudiant. Annoncé par le gouvernement en octobre dernier, il vise à améliorer l’orientation des futurs bacheliers. Autre nouveauté : la mise en place d’un duo de professeurs principaux dans toutes les classes de terminale. L’objectif ? Répondre aux questions de l’élève et l’aiguiller vers les bons choix selon son profil. Un travail complémentaire de celui du psy-EN, en somme. « Le ministère de l’Education nationale met de plus en plus l’accent sur les compétences partagées avec les enseignants et notamment les professeurs principaux. En tant que psy-EN, nous allons avoir un rôle technique auprès des enseignants et être mis à contribution pour les former. Il s’agit de fournir une base fondamentale de l’information à l’orientation, pour éviter de donner des renseignements erronés ou des informations stéréotypées et datées. Il s’agit de revenir sur les différentes formations post-bac, sur la différence, très basique, entre un BTS et un DUT, de mettre en avant les secteurs qui recrutent, etc. », détaille Isabelle Dulaurier, directrice du CIO de Tarbes. Les professeurs seront ainsi de plus en plus investis dans le travail d’orientation de l’élève.

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